Les filles du Café de la Paix.

Pour quelques jours encore. Dessin paru dans Le Rire, n°31, 2 août 1919.

Démobilisé, Chas Laborde observe d’un œil aigu le spectacle des cafés, des restaurants, des bars parisiens, où les officiers et les trafiquants mènent grand train, attirant l’essaim des prostituées en quête de clients.

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En un dessin kaléidoscopique, Chas montre le ballet des putains et des officiers à la terrasse du Café de la Paix, festoyé aux couleurs des alliés. Les personnages sont ramenés à l’essentiel. Des femmes, les hommes ne retiennent que les fesses, les jambes et les regards maquillés. Et les filles jaugent le client intéressant au nombre des galons et au poids de décorations. Au premier plan, trône en majesté le moteur de cette agitation humaine : l’argent.

On peut comparer le dessin de Chas Laborde avec celui, très académique,  Louis Sabatier, sur le même sujet, publié dans L’Illustration ( n°3908, 26 janvier 1918). Intitulé “Le Café de la paix durant la guerre », il montre la terrasse de l’établissement, à l’angle de la Place de l’Opéra et du boulevard des Capucines. S’y presse une foule d’officiers alliés, Français, Anglais, Américains, Serbes, Italiens, etc… L’ambiance est à la bonne humeur et la coopération entre les Alliés, et non à la satisfaction des instincts animaux. Tout juste voit-on, au premier plan, un visage de femme.

Le dessin de Chas est lucide, franc, sans être cru ou vulgaire. Son goût de l’observation, de rendre sur la feuille ce qu’il a vu dans la rue, s’accompagne désormais d’un souci croissant d’aller à l’essentiel, de débarrasser son trait des détails et fioritures inutiles. Cette quête de la simplification va contre le goût du public de la presse illustrée, des patrons de journaux et même de certains de ses amis, tel le dessinateur Poulbot.

Embarrassée par une image qu’elle juge illisible, la rédaction du Rire lui accole une légende en forme d’excuse : « Le sensationnel spectacle des grands boulevards vu à travers le xième verre d’apéritif ». L’évolution de Chas Laborde Son goût de l’observation, de rendre sur la feuille ce qu’il a vu dans la rue, s’accompagne d’un souci croissant d’aller à l’essentiel, de débarrasser son trait des détails et fioritures inutiles. Cette quête de la simplification se révèle sur la couverture du Rire, du 2 août 1919, au grand désarroi des lecteurs.

Le dessin sera réédité en 1951, débarrassée de cette légende incongrue, dans Ecole de patience, la guerre vue par Chas Laborde.

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