Les filles de Belleville.

Edward Burra.

Le dessinateur et peintre anglais Edward Burra (1905-1976) a beaucoup en commun avec Chas Laborde. L’amour des villes, de la rue et de la vie nocturne, d’abord. Le refus aussi de compromettre la singularité de son talent et de sa vision en s’intégrant à un groupement artistique. Comme Chas, Burra est un œil, qui voit et qui enregistre. Les deux hommes ont arpenté les mêmes rues à Paris, Londres ou New York, en ramenant des images qui témoignent du XXe siècle tel que le décrit Enrique Discepolpo:

Vingtième siècle, brocante
problématique et fébrile ;
celui qui ne pleure pas ne mange pas
et celui qui ne vole pas est un niais !
(…)
Et là-bas, dans la fournaise,
nous allons nous retrouver !
(Traduction d’André Vagnon)
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Edward Burra, Les Folies de Belleville, 1928.

De santé fragile dès son enfance, atteint d’une arthrite chronique qui lui déforme les doigts, de rhumatisme et d’anémie, Edward Burra trouve dans la peinture le meilleur des remèdes. “Le seul moment”, écrit-il, “où je ne ressens aucune douleur est quand je travaille.” Refusant les limites imposées par ses infirmités, il développe une technique de gouache très particulière, faite de couches de couleurs diluées à la salive.

Il traite son corps avec la plus grande indifférence. Ainsi, l’argent que sa mère lui donne pour un traitement médical, lui sert à se faire tatouer un masque chinois sur l’épaule gauche. Comme Chas, et malgré sa condition physique, Burra est toujours prêt à partir, à voyager. Lecteur de Jules Romains et Blaise Cendrars, il vient plusieurs fois à Paris et à Marseille, entre 1925 et 1930. Puis visite l’Espagne, le Maroc, avec Malcolm Lowry, New York, Dublin, le Mexique…

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Edward Burra, Striptease, 1934.

Ne faisant pas mystère de son homosexualité, Burra porte sur le monde un regard dépourvu d’hypocrisie et de préjugés. Avouant aimer autant Gustave Moreau et Louis Armstrong, il s’avoue fasciné par le spectacle, tous les spectacles, fréquentant aussi bien le ballet, l’opéra, les salles de cinéma que les clubs de jazz ou les boîtes à strip-tease.

Peu ou pas connues en France, les aquarelles ironiques et hantées,  colorées et macabres, d’Edward Burra, révèlent un personnage singulier et attachant. Et, après tout, peu d’hommes peuvent se vanter d’avoir connu le Montparnasse des Années Folles et le Londres des Swinging Sixties, et d’avoir bu (sans modération)  avec Malcolm Lowry et Francis Bacon.

 

Pour en savoir plus : Edward Burra, de Simon Martin, Lund Humphries, 2011.

Le blog That’s how the light gets in

 

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