Lieu de mémoire.

Les voyeurs. Dessin paru dans La Baïonnette, n°216, 21 août 1919.

Un couple de bourgeois,  enrichis par la guerre (l’homme a un appareil photo ; la femme exhibe son renard jusque sur les ruines), fait du tourisme sur les champs de bataille de naguère.

 

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On a déjà, au lendemain de l’Armistice, inventé « les lieux de mémoire ». La  société Michelin publie, avec le Touring Club de France et l’Office National du Tourisme, son premier guide des champs de bataille, dès septembre 1917. Il sera suivi de 27 autres, précurseurs des guides touristiques que Michelin publie à partir de 1926.
Sous prétexte  de pèlerinage patriotique, des hordes de curieux s’abattent sur les sites, où tant d’hommes ont souffert et sont morts, encadrées par des tour-operators qui se chargent de leur faire éviter les champs de mine. Drieu La Rochelle fustigera ce tourisme macabre dans une nouvelle de La Comédie de Charleroi (1934): par vanité, une mère veut voir l’endroit où son fils a été tué.

Chas montre deux de ces touristes de guerre grimpés sur des gravats pour mieux voir. On ne les voit que de dos. On devine à leur corpulence qu’ils n’ont guère dû se priver durant les années de guerre.

L’homme ne prendra pas de photos. Le champ de bataille ne répond pas à ses attentes:

Au fond nous sommes volés, ce n’est pas si abîmé que ça !

Le monde est une scène et le bourgeois, aujourd’hui comme hier, en veut pour son argent. Rien de neuf sous le soleil.

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