Le saint dessinateur.

Chas Laborde, dessin de Jean Oberlé, s.d.

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Jean Oberlé rencontre Chas Laborde, un jour de 1919, qu’il vient proposer des dessins au Rire :  « Il était mince, paraissait frêle, mais sous son aspect de clergyman en goguette, se cachait un homme fort au physique comme au moral, agile et solide comme un contrebandier des Pyrénées . » Chas donne quelques conseils à son jeune confrère : « Faites des croquis tout le temps… partout… » Il devient son meilleur ami et son modèle.

Dans La Vie d’artiste ( Editions Denoël, 1956), Oberlé décrit un homme écorché vif, un solitaire : « Il était modeste et ne parlait jamais de lui. Il n’allait même pas au vernissage de ses expositions, et quand on admirait un de ses dessins, il s’empressait de vous le donner. Il avait beaucoup lu, beaucoup retenu, beaucoup voyagé. Sa parole, un peu bégayante, n’énonçait jamais de banalités, était toujours originale (…) Avec ses minces lunettes de clergyman, sa pipe juteuse, ses rires grinçants, ses enthousiasmes et ses brusques réticences, il offrait un curieux mélange de séduction et de malignité qui déconcertait les gêneurs . (…) Au fond, c’était un sentimental, mais que la vie avait si précocement armé contre lui-même que la plupart de ses confrères, dont il voulait éviter le commerce, le redoutaient . »

Pour leur ami commun, l’éditeur Henri Jonquières, Oberlé dessine Chas, vêtu d’une veste de tweed anglais, portant une belle cravate rouge et suçant son éternelle pipe. Comme sur une icône, une auréole entoure sa tête.

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