Aux urnes!

Elu!, dessin paru dans Le Rire, n°39, 27 septembre 1919.

L’Armistice n’a pas mis fin à la guerre. On se bat toujours en Allemagne, en Pologne, en Irlande, en Russie, en Irak, en Afghanistan, en Géorgie, en Turquie, etc…  Grèves et émeutes sont réprimées en Europe, en Amérique, en Afrique. En couverture du numéro du Rire du 27 septembre, Roubille dessine une géante brandissant une torche et un drapeau rouge, tandis qu’un petit député français pérore : “Messieurs, une question qui domine toutes les autres: notre réélection.” Il est vrai que la situation est préoccupante. Sur 220 députés mobilisés en 1914, seuls 20 ont rejoint leur régiment. Et voilà que les électeurs reviennent, certains  mutilés, culs de jatte, aveugles ou gueules cassées, tous bien décidés à sortir les embusqués.

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Chas, pessimiste, prévoit le triomphe des profiteurs de guerre. Se drapant dans les drapeaux alliés,  Monsieur le député a le triomphe cynique. L’heureux élu et son épouse, qui, pour l’occasion, a sorti sa plus belle fourrure et ses boucles d’oreille, contemplent, depuis leur balcon, avec un mépris placide la foule des électeurs. Cette famille royale d’intérêt local ne serait pas complète sans le prince héritier, costumé en marin.

Chas n’a pas tort. Si en novembre 1919,  360 des 595 députés élus en mai 1914 perdent leur siège, dès l’année suivante, Clemenceau est poussé vers la sortie et Jean-Galtier Boissière assiste au retour au pouvoir d’ une “génération néfaste, trop jeune en 1870, trop vieille en 1914, qui n’a su ni préparer la dernière guerre, ni l’éviter, ni même la prévoir.”

A propos de Chas, Francis Carco note dans Les Humoriste : « Ses bourgeois avec leur clique d’huissiers, d’agents, de députés, de banquiers, de militaires, de boutiquiers, d’écrivains, de commères, de vieilles filles, d’épouses, de cocus, de gâteux, nous délivrent – à la fin – de la bêtise, de la vanité, de l’avarice, des mille tripatouillages de la décence et de la puanteur des plus horribles compromissions. Non, rien ne nous empêchera jamais d’approuver Chas Laborde dans son mépris de notre actuelle société, ni de le soutenir dans la lutte qu’il lui a déclarée, bistouri en main… »

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